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Voici pourquoi, selon moi, les arguments écologistes ne sauveront jamais les victimes du spécisme.


(Cet article a pour but de parler d'un axe stratégique pour le développement de la lutte antispéciste. Il ne dit aucun cas que les antispécistes ne devraient pas être également écologistes. Ce qui serait d'ailleurs, totalement incohérent, tout comme rejeter les autres luttes animalistes.)

Les arguments écologistes s'appuient sur des conséquences globales de certaines pratiques ou activités, qui nécessitent donc des études scientifiques et statistiques pour les évaluer. Dès lors, ces arguments ont du mal à convaincre, tant ils sont difficiles à démontrer comme vrais, et concernant la lutte antispéciste, mènent souvent à des conclusions ne correspondant pas au but recherché : la fin spécisme.

Les limites du pouvoir convaincant des études scientifiques et statistiques :

Pour exemple, prenons la vidéo d'un éleveur laitier qui tente de démonter l'argument écologiste : "L'élevage pollue plus que tous les transports réunis".

On l'a tou-te-s déjà entendu : c'est un argument souvent utilisé par les antispécistes pour essayer de convaincre l’État d'abolir l'élevage, et pour essayer de convaincre les gens sensibles à la lutte écologiste de consommer vegan.

Dans cette vidéo il dit que le rapport de la FAO est inexact, car pour le secteur de l'élevage, il prendrait en compte :

- Les émissions de gaz à effet de serre des autres animaux (exemple : le méthane).

- Les émissions de Co2 liés à la gestion des effluents d'élevage.

- Les émissions liées à la consommation d'énergie des élevages.

- Les émissions liées à la production d'alimentation pour les personnes détenues dans les élevages.

- Les émissions de Co2 liées aux transports nécessaires aux élevages (exemple : transport vers l'abattoir, livraisons de paille, foin, et céréales pour nourrir personnes détenues dans les élevages).

Mais pour le secteur des transports, il ne prendrait en compte que les émissions de Co2 liées à leur utilisation, et pas celles liées à leur fabrication (production des pièces, livraisons des pièces, assemblage, livraisons des véhicules finis etc...).

Il finit par parler d'un autre rapport qui selon lui, prendrait en compte toutes ces données, et qui, de ce fait, placerait le secteur des transports en première position, et le secteur de l'élevage, en septième position.

Je précise que je n'ai pas vérifié si cette personne disait vrai : si réellement les méthodes de calcul du rapport de la FAO étaient biaisées ou pas, et si celles de l'autre rapport étaient, quand à elles, plus sérieuses ou non.

Dans une situation idéale, tout le monde pourrait avoir l'envie, le temps et les capacités intellectuelles, de fouiller les rapports scientifiques et statistiques pour les comprendre en profondeur et déceler les potentielles erreurs, allant même jusqu'à vérifier les sources qui ont été utilisées.

Mais dans le monde réel, (presque) personne ne le fait.

On a tou-te-s des biais de confirmation qui se mettent en place : on va faire confiance à telle personne ou telle organisation qui, soit nous parait plus sérieuse, soit va simplement confirmer un sentiment qu'on avait déjà en nous.

À partir de ce constat, on peut convenir que parler de statistiques, de chiffres, de spéculations, et en débattre, à peu de chance de mener à un consensus à grande échelle, car la vérification des arguments exposés et des sources qui les soutiennent ne seraient pas rapidement possible ni indébunkable. Et puisque ce scénario est irréalisable, pourquoi perdre du temps à les utiliser lorsque le fond du sujet n'en nécessite pas, que ce soit dans des débats ou dans des campagnes de communication ?

L'écologisme ne mène pas forcément à l'antispécisme.

On entend régulièrement certain-e-s antispécistes dire qu'il faut essayer de convaincre en s'appuyant sur ce qui touche déjà les personnes que l'on souhaite convaincre, et que du coup, lorsque l'on débat avec des personnes sensibles à la lutte écologiste, on devrait se servir de l'impact des activités spécistes sur l'environnement.

Il est vrai qu'essayer d'identifier les leviers qui motivent notre interlocut-eur/rice à adopter de nouvelles pratiques ou de nouvelles pensées dans sa vie quotidienne, est une chose essentielle si l'on veut convaincre. Sans ça, les arguments exposés, bien que considérés comme vrais par les deux parties, n'auront aucun impact si la personne en face ne leur apporte que peu de valeur.

Par exemple : une personne qui considère que ses habitudes de consommation actuelles ont plus de valeur que la vie d'un ou d'une autre individu-e, ne sera pas convaincue par un argument tel que "il faut arrêter l'élevage et la pêche, car cela nécessite d'enlever volontairement la vie aux personnes exploitées et mises à mort".

Cependant, si notre but est d'abolir le spécisme (et donc aussi l'élevage et la pêche), et que nous pensons pertinent le fait de convaincre tout le monde de changer au minimum, un peu, et ce, quelles-qu’en soit les raisons pour lesquelles ilèles changent, on se retrouve à utiliser des ressources matérielles et humaines dans des combats qui, selon moi, ne servent pas efficacement notre objectif final.

Autrement dit, pour reprendre l'exemple de la personne égoïste qui donne plus de valeur à ses habitudes qu'à la vie des autres. Si elle est sensible à l'impact écologique qu'elle a sur l'environnement, on serait tenté-e de passer du temps avec elle à essayer de lui démontrer que l'élevage et la pêche sont plus polluant-e-s que l'agriculture végétale et que du coup, cela correspondrait à sa ligne de pensée que de consommer vegan. Mais pour cela, on va encore être obligé-e de parler d'études scientifiques et statistiques, puisqu'on va parler d'écologisme, et on a pu voir en première partie les limites de ce genre d'approches.

Le principal problème que je vois ici est que, outre le fait que les études scientifiques et statistiques vont surement se heurter à des biais de confirmations d'un côté comme de l'autre, le temps passé à convaincre ce genre de personnes de changer pour des raisons annexes, me semble également inefficace pour la lutte antispéciste.

Je m'explique.

Les arguments écologistes mènent, dans le meilleur des cas (pour la lutte antispéciste), à un changement radical de consommation (consommation vegan), et ce, dans les rares cas où les personnes sensibles à l'écologisme sont prêt-e-s à aller jusqu'au bout, et ne pas faire de demi-mesures : arrêt total et pas simple réduction de leur consommation de produits/services spécistes.

Dans ces rares cas, cela peut permettre, avec le temps, une meilleure ouverture aux arguments en faveur des droits autres animaux, étant donné que ces personnes n'ont plus de lien direct avec ce qui leur fait volontairement du mal, et il est plus facile pour elleux de les considérer comme ayant une valeur à leurs yeux, et donc peut-être qu'à ce moment là... ilèles pourraient être convaincu-e-s par le fait de devenir antispécistes.

Mais outre ces rares cas, le temps passé et les moyens humains et matériels utilisés à essayer de convaincre ces personnes, ne donnent en réalité qu'un résultat complètement à côté de la plaque concernant la lutte contre le spécisme : au maximum, résultant en une transformation de l'oppression systémique spéciste pour la rendre plus "eco-friendly".

Dans les faits, les personnes mises face à des arguments écologistes peuvent :

1 - Ne pas y croire : étant donné que cela demande une compréhension et une vérification des études scientifiques et statistiques ainsi que leurs sources. (si tant est que ces études soient exactes)

2 - Y croire, mais trouver des alternatives moins polluantes, mais toujours aussi spécistes : viande in vitro, élevage extensif, réduction du nombre d'élevages et des personnes exploitées.

3 - Y croire, et changer radicalement d'habitudes de consommation (consommer vegan), mais conserver leur idéologie spéciste, et attendre qu'une solution moins polluante leur repermettent de consommer ce qui fait volontairement du mal aux autres animaux.

Se concentrer sur les personnes déjà motivées par l'altruisme.

C'est donc pour ces raisons que, selon moi, en tant qu'antispécistes, il serait plus efficace de se concentrer sur le fait de convaincre les personnes qui sont déjà dans une démarche altruiste et qui y ont déjà certains pré-requis :

- Sont au courant que les autres animaux sont des êtres sentients (vivants, sensibles et conscients).

- Ne veulent pas faire du mal à autrui, si ce n'est pas nécessaire.

- Sont au courant qu'il n'est plus nécessaire pour notre santé de manger ce qui provient des autres animaux depuis la découverte de la vitamine B12.

A partir de là, on peut directement leur permettre de s'intéresser à la racine du problème : le spécisme (l'idéologie) et les activités qui dominent volontairement et sans nécessité les autres animaux (les activités spécistes).

Pour ensuite, si ce n'est pas déjà le cas, leur faire prendre conscience que la consommation individuelle n'a que peu de poids politique comparée à l'action directe contre les princip-aux/ales responsables de cette oppression systémique : l’État, les institutions et les entreprises qui organisent et promeuvent le spécisme.

Puis les inviter à devenir des activistes, pour qu'à leur tour, ilèles puissent convaincre de nouvelles personnes de devenir antispécistes, et puissent essayer de persuader les princip-aux/ales responsables du spécisme, d'arrêter d'opprimer leurs victimes.

Concernant les personnes qui n'ont pas encore les pré-requis cités plus haut, on pourra espérer que le changement de culture lié à l'arrivée de nouveaux lieux de vie antispécistes (sanctuaires antispécistes, restaurants vegan, commerces vegan) de nouvelles musiques, films, spectacles et événements antispécistes, leur permettront, avec le temps, d'obtenir ces pré-requis, pour enfin pouvoir être convaincu-e-s par les arguments portant sur le fond du problème : la domination non-nécessaire et volontaire des autres animaux (le spécisme).


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